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БИБЛИОТЕКА Александр Стесин ТОЧКА ОТСЧЕТА Ligne Six Владимир Гандельсман. 1.09.2003 К содержанию | |
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Александр Стесин Нью-Йорк | |
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Ligne Six
Buffalo Paris, 19952000
* * *
Il pleuvait souvent, et s'il ne pleuvait qu'ici
sur les wagons, qui s'écoulent vers Marie d'Issy,
sur les roseaux d'insomnie, qui s'affaissent doucement,
je deviendrais moi-même la pluie et le vent.
Voilà un homme, qui a du ressort, un homme
élastique, sans estimer la somme
d'argent qu'il vaut ou qu'il pourrait gagner,
un anachronisme, un homme avec un panier
plein de choses, qui se sont separées de lui,
il devrait se promener sous la deuxième pluie
de sa vie, ne se souvenant ni la première
ni la prochaine, sans regarder en arrière.
Il devrait se promener sur les tours égales,
il devrait sortir d'un tableau falsifié de Chagall.
La pluie, ell sait toucher la peau de chagrin,
ainsi que les autres poésies en jeu, les terrains
de la naissance, motivée par les giboulées,
comme celle d'un champignon dans le bois, salé
par les larmes des divinités de la forêt.
Quand il pleut ici, il pleut sans arrêt.
* * *
Dans le jardin où on pourrait
ou ne pourrait pas se reconnaítre
vers la fin de sa propre époque
au-delà de printemps,
je regardais son visage,
comme on regarde la fenêtre:
le carre blanc sur le fond blanc
il y existe tant
de couleurs abandonées.
La fenêtre se ferme,
revellant son apprehension
du crépuscule.
...Elle parlait, peut-être,
de son sejour à Pallerme...
...Au-delà de printemps,
notre amour serait minuscule.
Le pendule derangé du soleil
hypnotise le ciel.
Le visage familier disparaít
dans le jardin flottant.
Plus proche pour l'instant,
elle n'était ni imaginaire,
ni réele.
Au-delà de printemps
il n'y reste que le printemps.
* * *
à Michel DeGuy
L'art meurt dans un vieil hótel
sous la rougeur des lanternes.
L'art rompe son vieux rituel
devant l'avenue des Ternes.
L'art envahit mon espace chaleureux
à dix heures moins quart precisement.
L'art me dit qu'il est vachement heureux
que le monde est fait de ciment.
L'art est réanimé par le proprietaire
d'un salon privé à Marais.
"Trouves-tu que l'art ne sait pas se taire?"
"Oui, ma chérie, c'est vrai."
* * *
Comme une feuille de papier jaunissant en automne,
dépêché par le vent des boulevards inconnus,
je suivrai les nuages plus laineux qu'un mouton
à la terre sêrene où je suis le bienvenu.
Comme un vieux vagabond, fatigué d'être homme,
fatigué d'être seul dans ce monde sans espace,
comme une feuille de papier jaunissant en automne
je suivrai les nuages jusqu'à rue Montparnasse.
Il n'y aura ni chagrin ni regrets inutiles,
bien que j'oublierai mon pays de parapluies,
seulement un souvenir triste des douces soirées d'avril
et une fente dans mon ame où je ne t'aurai plus.
1997
* * *
Il faut que je me lave les yeux
je voudrais entendre un plouf d'eau
cette eau que j'appelle la mienne
il faut bien que je l'obtienne
il faut que je me lave les yeux
mais il n'y a plus d'humidité
la sécheresse somnolente
est dénuée de bonne volonté
en automne tout le monde se sent mieux
la pluie humecte les trottoirs
les yeux de la rue sont mes yeux
aveuglés par ce qu'on veut voir.
* * *
Transcendant la nostalgie de l'enfance,
sans préparations, sans orgueil
je retrouve le privilège de reconnaissance,
exprimé par un long coup d'oeil.
Trois siècles passent comme une note
dans la chanson de l'hirondelle.
Mon siècle blanc et jaune sans fautes,
comme la paquerette eternelle,
un dessin avec trois pétales,
c'est la fleur d'un grand hópital...
Demain, je connaítrai du nouveau.
Mais au'jourdhui je ne sais que transcender
les formes poétiques, le plus haut niveau
de language plein de phrases dictées.
* * *
En fin de compte,
par delà des paroles délicates,
par delà des grimaces,
des astuces et des coups de main
d'un magicien qualifié,
par delà d'un tas
des corps prostrés,
par delà des guerres sans musique
la nuit vient comme avant
pour donner notice
à ceux qu'elle oublie...
Le frison de la permanence.
* * *
Je respire l'air de toutes les absences
et, en train d'acheter la naissance
d'un lundi,
dont l'heure de point
est l'heure de la solitude,
je remarque le vol de ses lances,
et c'est æa, mon étude,
la vicissitude
dans l'esplanade du ciel
et du silence.
* * *
Le temps est passé avec notre patience,
mais rien n'a changé sur cette terre.
Maintenant je vois
nos espoirs présque nus,
sous la neige de notre existence.
Je chasse les souffles et les pierres.
Les jours viennent et passent
à leur propre place
devant ma fenêtre isolée,
parmi les parques grises
et les figures sans couleur
une autre année volée
par la liqueur de la douleur.
Lorsque je suis dans les rues,
c'est un théatre,
le bonheur
où bien l'anathème,
entre Moscou et Montmartre,
une pièce...
...bien faite...
...on efface le thème;
et sans thème chaque róle
est un sacrifice:
les midis meurtent pour les minuits;
je reste au milieu,
masqué par le neige
du temps entre non et oui.
* * *
(Puisqu'on n'a pas bu trop,
prennons-nous le metro;
il n'y reste qu'un euro,
c'est pour æa qu'on se sent un hero
à Trocadero)
Surtout les boulangeries
avec leurs ménageries
des sons creux et sublimes,
comme la chute d'un centime
au fond de la gorge d'un puits
ou un mouvement encore plus vite,
un regard dans le miroir,
la chute au fond de l'histoire
d'une époque perpetuelle,
un sejour silencieux chez elle;
surtout les rues gondolées,
surtout l'absence des cles,
l'absence des "Gitanes"
dans les magasins,
la politesse des voisins,
obsédés par les tremblements
de terre, qui arrivent plus souvent
maintenant qu'avant,
comme a prévenu le grand savant;
surtout l'étendue expatriée,
marquée par l'empreint de pied,
ainsi que l'empreint d'ésprit,
jeté de la boulangerie.
Surtout les boulangeries
avec leurs ménageries
des sons creux et sublimes,
comme les cris et comme les hymnes.
* * *
L'impasse que les jours traversent
des soupirs et du commerce,
l'éblouissement d'amour tiré
à Faubourg St. Honoré
on nous oublie l'apparence,
au milieu d'exubérance
des expériences humaines,
c'est l'oubli que je t'amène...
Et la lune, la lune rosée,
dont les rythmes sont brisés,
pleure la chanson de ma terre,
l'inconstance et le mystère.
* * *
C'est une langue étrangère
mais c'est moi, qui écrit les paroles.
C'est un autre pays.
(On joue toujours le même róle).
Tu me dis : "Le pauvre...!"
(Le regard fixe reste froid).
Qui est-ce qu'on remercie?
(Le vent n'arrive qu'une fois).
* * *
Dans le brouillard éternel,
où je te rencontre,
je commence à penser
de la muse nocturne,
qui me tourne
autour du centre
d'un monde paralysé.
Et je n'utilise aucun mot distant
et je crache le lait de la morte.
La poèsie acrobatique est vivante,
malgré les cloches et les souffrances
du passé.
* * *
L'éclogue a merité le droit
de subsister jusqu'à un doigt
de la foi, jusqu'au doigt pointu
vers le chemin de la solitude,
soit une disposition nouvelle
des cloches sonores de la chapelle,
soit le printemps, les épicéas,
retouchés par les cineastes,
ou bien les nuits écclesiastiques
dans les prunelles des vieilles boutiques...
Vienne donc, la jeunesse étrangère,
l'éclogue, comme une petite bergère,
s'entassant toutes les formes, les langues
au premier rang, au dernier rang.
* * *
La jeunesse et la tristesse,
deux oiseaux, nés parmi les cendres,
volent vers la demeure de Cassandre,
et le vent des oracles les caresse.
Réfléchie aux miroirs de la ville,
la cour derrière les logements,
nourit la langueur et les camomilles,
dénué des nos attachements.
Les prophètes dépassent les idylles,
et le temps les enlève les capuchons,
et le temps,
une lettre en bouteille sans bouchon,
est trouvé par l'enfant de la ville.
* * *
L'Amerique amère
Qui me manque tellement
C'est le point d'exchange
Entre les monuments
Mille ecrans d'azur
Sous les vieilles ténèbres
Des journées des nuits
L'eternelle zebre
Ma petite blessure
Celle que je saurai
L'Amerique bien súr
à l'époque dorée
L'Amerique amère
L'Amerique la Mère
De la mer amère
Les marées chimères
* * *
Je m'attache à la liberté
de construire le passé,
appartenant à la civilization
des formes et prédilections,
sentant le pouls de mon temps,
et ma voix savoure
l'accent perpetuel dans mon élocution,
l'accent, comme une graine
enfermée dans ma bouche,
dispersée et germée
sur trois terrains écartés,
et c'est elle,
qui fera naítre
la lune interne de l'avenir libéré.
* * *
Dans la ville des vieilles cathédrales,
dans la ville des nouvelles banales
on sait les règles des rues,
où les figures disparues
se réincarnent la nuit,
levées par les apparitions
et le bruit.
Dans la ville de la vie néone,
qui frappe comme un papillon
à nos fenêtres fermées,
dans la ville où il neige en mai,
dans la ville ancienne, peuplée
par de nouveaux pavillons,
où je n'irai jamais,
les maisons grises battent le ciel,
ayant besoin de plus de hauteur,
dans la ville,
où un squelette sans coeur
est un héros actuel,
dans la villes des grandes citadelles,
dans la ville des trous et des portes,
le brise siffle pour la morte.
1997
* * *
Le printemps. Et voilà, je ne sais plus
s'il faut y reflechir,
car ici à Paris les fenêtres sont ouvertes
vers l'impulse
d'insouciance et après, se retrouvant
à Clichy,
on decide que, franchement, les autres affaires
sont nules,
c'est à dire, il est bien partagé,
l'urbanisme sinistre
entre ceux, qu'il reprend et ceux,
qui n'osent pas le quitter.
Au'jourdhui je me promène dans les rues
avec un registre,
constantant le nombre de choses,
que je trouve par terre.
Je regarde múrir l'aube gauloise
au-dessus les pilastres;
il n'y a rien de nouveau,
sauf tout ce que j'ai envie de voir,
sauf les saules penchés
et l'incertainitude alabastre.
Je finis le lettre:
"A bientót, j'espére. Au revoir."
* * *
Il y a tant de miroirs,
dans lesquels je pourrais me dissoudre,
comme une boutade,
légèrement,
à la légère.
Chaque journée,
une de mes molecules
est unie avec celle du verre.
Et je sais
que tu me fais voler en éclats,
pour que tu puisses m'absoudre,
mais je suis devenu moins fragile,
que les os de la terre.
* * *
Descendre l'escalier #2,
comme un fantóme juvenile,
descendre les rayons de la création
pour devenir un phantasme,
descendre les jambes de la pluie,
embraceant l'asphalte.
La promenade sans pieds
commence en automne.
* * *
La sirène, dont rêva Ronsard,
la sirène, résidant en mansarde,
la sirène, que les rides décorent,
la jeune fille, qui perdrait son or,
la sirène, bien abandonée,
à la fête funèbre amenée,
comme la pire de toutes nos passions,
la dernière commémoration
des victoires scandaleuses-glorieuses,
la dévergondée, la chanteuse
tsigane du tramway, du métro,
du futurisme, du rétro
(celui-là le ton de sa voix,
celui-ci son goút bourgeois),
la patronne ancienne de tourisme,
l'originateur d'altruisme,
qui prépare notre guillotine,
la blonde sur les belles vitrines...
Hier soir j'ai vu ses rochers
dans la ville sourde où je suis né
c'est la terme qu'on ne peut pas cacher
de la memoire proche comme la chair
comme un flocon de neige sur le nez
* * *
Quand les cheveux échevelés absorbent le soleil,
et la ville est pleine des statues aux vêtements vermeils,
et les drapeaux devant le palais rêvent du sommeil,
je comprends
et je m'abaisse la tête.
Quand les mères vendent les fleurs, cueillies à Saint-Lazare,
tandis que ses enfants fréquentent les bazars,
et le bateau ivre nous apporte chez nous par hasard,
je t'attends
au milieu de ce fête.
Et la nymphe urbaine, qui sait bien se pincer les lèvres
prend le premier metro jusqu'au Pont de Sevres,
exilée de sa demeure des ténèbres mièvres,
Elle est prête à aller bien loin,
pourtant, elle s'arrête.
Et les ruelles des chataignes, toujours accessibles,
les meilleurs temoins de tout ce qui reste possible,
elles inhalent nos promesses et ne filtrent point le risible;
et la vie coupe les coins...
Au'jourdhui
il n'y a pas de tempête.
* * *
Les marées basses et hautes
lorsque l'íle s'endort
on achete le trésor
dit les camelotes
On ne revient jamais
pour revenir toujours
revoir la rive d'azur
la seule qu'on peut aimer
et qu'on peut battre en retraite
sans assécher les rives
et les marées sont prêtes
délivrant ceux qui arrivent
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